En République démocratique du Congo, l’insécurité politique et les accusations de répression silencieuse continuent d’alimenter l’inquiétude de nombreux citoyens. Derrière les discours officiels sur l’État de droit et la démocratie, plusieurs familles dénoncent un climat de peur marqué par les intimidations, les menaces et le sentiment d’abandon face à une justice perçue comme incapable de protéger les victimes lorsque des affaires touchent des enjeux politiques sensibles.
L’affaire de Monsieur Muke Mashia Hugo, assassiné dans la nuit du 26 octobre 2025 à Kinshasa sur avenue Mbaya N°19 dans la commune de Mont-Ngafula, illustre aujourd’hui les inquiétudes croissantes autour des violences politiques, du traçage des voix critiques et de la vulnérabilité des familles qui tentent de réclamer justice.
Plus de six mois après ce drame, son épouse et leurs trois enfants vivent toujours dans la clandestinité, sans adresse fixe, après avoir affirmé avoir reçu des menaces et subi des intimidations à la suite des démarches judiciaires engagées après le meurtre.
Un assassinat au cœur de la nuit
Selon les informations recueillies auprès de proches de la famille, Monsieur Muke Mashia Hugo a été tué vers 2 heures du matin à son domicile situé au quartier Musangu, dans la commune de Mont-Ngafula à Kinshasa.
Des hommes armés auraient fait irruption dans la maison familiale pendant que tous dormaient. Sa femme et leurs trois enfants Daniel, Nathan et Divina, auraient assisté à la scène dans un climat de terreur.
Employé à la Direction de Santé Rurale (SANRU), Monsieur Muke Mashia Hugo était décrit par son entourage comme un homme engagé dans les débats sociaux et politiques. Dans ses conversations privées comme dans certaines prises de position publiques, il dénonçait régulièrement les abus des droits humains et le climat d’intimidation politique observé dans le pays.
Selon plusieurs témoignages, il exprimait également ses inquiétudes concernant les activités des « Forces du Progrès », structure associée au parti présidentiel UDPS et régulièrement accusée par des citoyens et des acteurs de la société civile d’exercer des pressions contre les opposants et les voix critiques.
Aucune conclusion officielle n’a établi à ce jour un mobile politique dans cet assassinat. Cependant, pour les proches de la victime, le contexte dans lequel vivait Monsieur Muke Mashia Hugo avant sa mort continue de soulever de nombreuses interrogations.
Une quête de justice devenue un dangereuse
Après l’assassinat de son mari, son épouse a entrepris des démarches judiciaires afin d’obtenir des réponses et de réclamer justice.
Mais selon les déclarations de proches de la famille, cette initiative aurait rapidement provoqué des réactions inquiétantes. Des menaces, des intimidations et des pressions auraient commencé à viser la veuve, au point de rendre sa situation sécuritaire extrêmement préoccupante.
« Tout s’est retourné contre elle après qu’elle a commencé à dénoncer ce qui s’était passé », affirme un proche de la famille sous couvert d’anonymat.
D’après plusieurs témoignages, la mère de famille aurait progressivement compris qu’elle ne pouvait plus compter sur les institutions censées la protéger. Craignant pour sa sécurité et celle de ses enfants, elle aurait été contrainte de quitter son domicile et de changer régulièrement de lieu de refuge.
Aujourd’hui, la famille ne disposerait plus d’adresse fixe.
La veuve et ses enfants vivraient dans la clandestinité afin d’éviter d’être localisés par ceux qu’ils considèrent comme responsables des menaces reçues.

Une vie marquée par la peur
Le quotidien de cette famille serait désormais rythmé par l’incertitude permanente.
Les enfants, Daniel, Nathan et Divina, vivent depuis plusieurs mois dans une instabilité totale. Selon des proches, ils portent encore les séquelles psychologiques de la nuit où leur père a été tué sous leurs yeux.
Le traumatisme de l’assassinat s’est progressivement transformé en une autre forme de souffrance : celle de vivre cachés, loin de toute stabilité sociale, scolaire et familiale.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité de nombreuses familles congolaises confrontées à des affaires sensibles mêlant sécurité, politique et justice.
À Kinshasa, plusieurs activistes, journalistes et membres de la société civile dénoncent depuis des années l’existence d’un climat d’intimidation visant les personnes critiques envers le pouvoir ou certaines structures politiques influentes.
Le phénomène du traçage et des répressions silencieuses
Dans plusieurs quartiers de la capitale congolaise, des citoyens affirment vivre avec la peur d’être surveillés ou identifiés en raison de leurs opinions politiques.
Des accusations de filatures, d’appels anonymes, de harcèlement et de surveillance discrète reviennent régulièrement dans les témoignages d’opposants, d’activistes et de familles engagées dans des dossiers sensibles.
Le plus inquiétant, selon plusieurs observateurs, reste le caractère silencieux de ces pratiques.
Contrairement aux répressions visibles marquées par des arrestations massives ou des violences publiques, certaines formes modernes de pression politique fonctionnent dans l’ombre : intimidations discrètes, menaces indirectes, isolement social, harcèlement psychologique ou violences ciblées.
Cette situation alimente un climat de peur qui pousse de nombreux citoyens à l’autocensure.
Dans plusieurs familles, il est désormais conseillé d’éviter les discussions politiques en public ou sur les réseaux sociaux.
Les « Forces du Progrès » au centre des critiques
Le nom des « Forces du Progrès » revient régulièrement dans les accusations liées aux violences politiques et aux intimidations à Kinshasa.
Des mouvements citoyens et plusieurs acteurs de la société civile ont déjà dénoncé le comportement de cette structure associée à l’UDPS, accusée par certains de se comporter comme une force parallèle chargée d’intimider les opposants et les voix critiques.
Les autorités et les responsables du parti présidentiel ont, à plusieurs reprises, rejeté ces accusations.
Mais pour plusieurs observateurs, l’absence d’enquêtes indépendantes sur les violences politiques contribue à renforcer la méfiance d’une partie de la population.
Dans une démocratie, rappellent plusieurs défenseurs des droits humains, aucun groupe politique ne devrait être associé à des pratiques de terreur, de surveillance ou de répression contre des citoyens exprimant des opinions divergentes.
Une justice contestée
Le cas de la famille Muke Mashia Hugo soulève également des interrogations plus larges sur l’état du système judiciaire en RDC.
De nombreuses organisations de la société civile dénoncent depuis longtemps les difficultés d’accès à une justice indépendante dans les dossiers politiquement sensibles.
Lorsque des victimes affirment craindre les institutions censées les protéger, cela fragilise profondément la confiance de la population dans l’État.
Pour la veuve de Monsieur Muke Mashia Hugo, Madame Bilonda Kayembe Mizou, la justice semble aujourd’hui être devenue une source supplémentaire de peur plutôt qu’un espace de protection. Madame Bilonda est aussi membre d’amnesty International.
Un appel à la communauté internationale
Face à cette situation, plusieurs voix appellent les organisations internationales des droits humains et les médias internationaux à accorder une attention particulière à cette affaire.
Amnesty International, Human Rights Watch, les Nations Unies, l’Union africaine, les organisations religieuses et les ONG africaines sont appelées à renforcer leur vigilance sur les violences politiques et les atteintes aux libertés fondamentales en RDC.
Une affaire devenue symbole
Au-delà du drame individuel, l’histoire de cette famille est devenue, pour plusieurs observateurs, le symbole d’un malaise plus profond qui traverse actuellement la société congolaise.
La peur de parler, la méfiance envers les institutions et le sentiment d’insécurité politique semblent gagner du terrain dans plusieurs régions du pays.
Pour de nombreux Congolais, la question centrale demeure aujourd’hui la suivante : un citoyen peut-il encore dénoncer une injustice ou exprimer une opinion critique sans mettre sa vie et celle de sa famille en danger ?
Dans les rues de Kinshasa, cette interrogation revient de plus en plus souvent, parfois à voix basse, dans un climat où le silence semble devenir une condition de survie.

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