
Après plus de 7 mois d’absence du pays, Reddy Amisi a trouvé son groupe déserté par quelques-uns de ses musiciens mais le chanteur en minimise l’impact en estimant que ce sont de mauvaises langues qui essayent de dramatiser la situation. Juste avant de prendre son vol pour Lubumbashi où il devait agrémenter une manifestation du patronat du Katanga, Baïlo Canto a fait un tour d’horizon évoquant son actualité, l’état de la musique congolaise et la guerre à l’Est de la RDC.
AFRIQU’ECHOS MAGAZINE(AEM) : Apparemment, nous ne sommes pas arrivés au bon moment…
REDDY AMISI (RAM) : Un peu, car j’ai un avion dans une heure et demie à l’aéroport de Ndjili. Je suis attendu à Lubumbashi pour agrémenter une rencontre des patrons du Katanga.
AEM : On va donc aller vite, un mot sur l’album qui est en chantier ?
RAM : Je vais l’appeler Likelemba et la date de sa sortie dépend de la production, mais ça sera l’année prochaine. Nous sommes en train d’achever les travaux aux studios Davout à Paris. Cet album va contenir dix chansons notamment Lolia, Toto et Likelemba…
AEM : Pourquoi le titre Likelemba ?
RAM : Juste pour dire à tous que dans la vie, la roue tourne.
AEM : Comment s’est déroulé votre tournée euro-américaine sans votre orchestre resté à Kinshasa ?
RAM : Le bilan a été positif. J’ai fait entre autres villes Ottawa et Montréal (Canada) où mon groupe n’a pas pu m’accompagner faute de visas. J’ai dû recourir à des musiciens installés à Paris.
AEM : À votre retour, vous avez dû constater de nombreux départs ?
RAM : Dans un groupe de plus de 30 membres, si deux ou trois personnes partent il ne faut pas dramatiser. Face à une telle situation, le leader doit avoir la force de caractère pour surmonter cette épreuve, faire face à l’imprévu. En tant qu’ancien chef d’orchestre dans Viva La Musica, j’ai l’habitude. Seulement, il y a de mauvaises langues qui essayent d’envenimer la situation par méchanceté. Le chien aboie, la caravane passe. Malgré la tempête, le bateau arrivera à bon port.
AEM : Y a-t-il des productions avec le groupe en vue ?
RAM : Des concerts sont prévus en Afrique du Sud et dans le Bas-Congo.
AEM : Quel regard portez-vous sur la musique congolaise aujourd’hui ?
RAM : C’est simple, elle souffre d’un problème d’encadrement. Si Rochereau, Kabasele, Papa Wemba sont des références de notre musique, c’est parce qu’ils ont bénéficié d’un bon encadrement. Dans le temps, la formation des jeunes était assurée. On pourrait citer des structures comme Chem Chem Yetu , Ebonga, Gemiko, Luambo chante, le théâtre de verdure… avec des personnalités comme Père Buffalo (l’initiateur du Groupe Minzoto Wela Wela). On ne devenait pas artiste sans parcours, sans bénéficier d’un encadrement dans l’un ou l’autre centre. Aujourd’hui la plupart des jeunes sortent de chez eux jusqu’à la célébrité sans passer par un encadrement, la famille elle-même n’assumant pas ses responsabilités.
AEM : N’empêche, certains jeunes artistes ont l’air de damer le pion à une certaine génération des aînés ?
RAM : C’est une erreur de voir les choses ainsi. On ne fait pas la musique pour le succès. Le succès est le résultat du travail fourni et il est aidé par la promotion. Il arrive aux commerçants de connaître une période de prospérité et une autre de crise. La grandeur d’un artiste se reconnaît par ses œuvres, le nombre d’années qu’il a accompagné les gens avec son art, son expérience. C’est le cas de Stones, James Brown, Peter Gabriel, Youssou Ndour…
AEM : Beaucoup déplorent la pauvreté du contenu des chansons de notre musique.
RAM : Notre musique n’est pas en baisse, elle avance à sa façon. Il faut aller dans la même direction que l’eau même si on n’a plus certes des auteurs-compositeurs de la trempe de Rochereau ou de Lutumba Simaro.
AEM : La guerre dans la partie Est du Congo ne doit pas vous laisser insensible ?
RAM : Je déplore ce qui se passe à l’Est. C’est l’hypocrisie européenne qui triomphe une fois de plus. Il y a un complot de l’Occident. Que veut la communauté internationale ? Après 5 millions des morts, on ne veut pas nous épargner un autre génocide ?
AEM : Le 1er décembre, nous avons célébré la Journée Mondiale de lutte contre le Sida, auriez-vous un message en rapport à cette journée ?
RAM : Il faut plus de sensibilisation du niveau du vacarme publicitaire des boissons à travers nos médias. Il est regrettable que nous soyons déconnectés des choses sérieuses. L’État congolais devra privilégier la prévention dans tous les domaines.
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