mai 30, 2026

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Le Toubib de Panzi, Dr Mukwege, Privilégie Le Sacrifice Patriotique au détriment du Lucre

Beaucoup sont à la quête des honneurs qui déshonorent en fin de compte. Quand il s’agit du Dr Muwkege, les narratifs changent d’épithètes pour revêtir certains attributs. Lui, il ne s’est pas lancé dans une chasse effrénée des honneurs qui accouchent du lucre ; les honneurs le pourchassent et lui collent fermement à la peau où qu’il s’amène sans l’enrichir indûment. Les actions salvatrices du Dr Mukwege en République Démocratique du Congo ne sont pas motivées par le but du lucre. La science médicale est un domaine où l’aspiration à la jouissance et le bien-être sont assurés après d’âpres efforts académiques. Mais à Panzi, Denis Mukwege délaisse les joies du monde pour être au service de sa population ; il recherche les malades qu’il traite pro bono. Le niveau de vie à Panzi est un handicap de régularisation des factures médicales, dispendieuses pour la plupart des habitants qui y sont domiciliés. Un altruisme grandiloquent qui se traduit par sa volonté d’administrer gratuitement les soins de santé aux femmes victimes des viols.

Pendant 30 ans, l’Est de la République Démocratique du Congo est caractérisé par les violences et les déplacements massifs des populations. L’arrivée des tutsis au pouvoir au Rwanda a fait des ravages dans le Grand Kivu et s’étend dans des proportions alarmantes et inquantifiables. Les guerres amenées dans les deux Kivu par des groupes armés dont M23 appuyés par le régime de Kagamé, font d’innombrables victimes chez les femmes surtout. Les richesses minérales de la RDC sont l’objet de sa convoitise pour développer le Rwanda par le vol. Tout chemin menant à Rome, le viol des femmes- jeunes et âgées est devenu l’arme de guerre. Les victimes de ces actes déchirants et affligeants sont acheminées auprès du Dr Denis Mukwege qui les prend inconditionnellement en charge sans distinction. Ce qui a valu le nom du Réparateur des Femmes au valeureux Docteur Denis Mukwege. La RDC compte sur le savoir-faire de ce toubib qui s’emploie sans répit à redonner le sourire et l’espoir à ces femmes meurtries dans leur for intérieur. Pour y arriver, une structure médicalisée a été construite à Panzi au sud Kivu, qui permet à l’équipe du Docteur de s’occuper de ces femmes victimes des viols.

Géographiquement, Panzi est l’un de 3 quartiers de la commune d’Ibanda dans la ville de Bukavu. Il s’étend de part et d’autres de la Route reliant Bukavu à Uvira.
Le quartier est situé à 1,477 mètres d’altitude et sert de Canaan pour rêver d’un autre avenir en face du désespoir non identifié et indéfini. L’exemplification de Panzi comme lieu de sauvetage des vies féminines, a touché le cœur des bienfaiteurs qui ne rechignent pas à mettre la main à la poche. Les installations hospitalières qui ont vu le jour en 1999 sont inondées par l’afflux des victimes que le viol a vulnérabilisées pour toujours. Les palliatifs dispensés par Dr Denis Mukwege n’effaceront jamais les marques indélébiles de ces moments de viols vécus par des nombreuses femmes. Au moins, Mukwege joue un rôle crucial dans le rétablissement psychophysique de ces malades. Plusieurs fois, les chants dédiés au Docteur par les patientes, traduisent leur souhait d’apprêter un siège spécial pour Denis au milieu de leurs cœurs. La mentalité en Afrique noire rend la société intolérante à l’égard des femmes violées ; beaucoup réussissent à les en condamner, faussement accusées d’avoir affiché un comportement provocateur. La cruauté du jugement des hommes augmente dangereusement le degré de la morosité d’une situation déjà pire.

La persévérance du Dr Denis Mukwege à se dépasser pour offrir un toit à celles rejetées par la société, lui a valu plusieurs chaleureuses accolades. L’approfondissement de ses connaissances dans le traitement des fistules traumatiques uro-genitales et genito-digestives basses chez les femmes victimes dans l’Est de la RDC (sujet de sa thèse à l’ULB en 2015), est une aubaine. Ce renforcement de capacité est une manne pour ces populations meurtries d’avoir une personnalité du calibre du Docteur Denis Mukwege. En 2018, il recevait le Prix Nobel de la Paix avec Nadia Murad comme récompense à leurs efforts communs en vue de mettre un terme à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre. Cet « award » l’a trouvé sur un long périple qui vise l’amélioration des conditions de victimes d’agressions sexuelles dans le Grand Kivu, en RDC, en Afrique et ailleurs. Docteur Mukwege reste le seul Prix Nobel que la RDC ait connu dans son histoire. Cette reconnaissance mondiale qui revêt une distinction particulière ne fut guère honorée par l’ancien régime. Ses accusations contre les groupes armés soutenus par le Rwanda, ne pouvaient favoriser les applaudissements Cum Laude en son honneur par les autorités congolaises de l’époque. Les accointances de l’ancien régime avec Kigali, rendaient une telle démarche classable sans suite. En 2019, c’est le nouveau Chef de l’Etat Félix Antoine Tshisekedi qui a honoré ce Prix Nobel au panthéon du Palais du Peuple devant l’Assemblée Nationale et le Senat réunis en Congrès. Mieux vaut tard que jamais !

Plusieurs fois Lauréat, Dr Mukwege ne s’empêche pas à côtoyer les bailleurs de fonds de ce monde pour leur porter les voix de ces femmes. Il a été de tous les méandres ; des rendez-vous avec George Soros, Alexander Sorros (son fils) qui a déjà pris la relève, Bill Gate, voire les hommes politiques tel que Tony Blair. Leur soutien avait été bénéfique pour une meilleure prise en charge avec la création de la Fondation Panzi en 2008. Le financement a permis la réinsertion socio-économique des patientes et un accompagnement juridique, un modèle désormais basé sur quatre piliers, appelé : « Centre à guichet unique » ou « Modèle de Panzi ». Ces réalisations ont rehaussé la notoriété internationale du toubib congolais. C’est ainsi qu’à Melun en France, une école a été rebaptisée « groupe scolaire Denis Mukwege ». Aussi, à Mignaloux-Beauvoir, une rue portera bientôt le nom du toubib national congolais.
Le Docteur Mukwege est un homme des circonstances inédites ; à la fin de ses études en médecine à l’Université de Bujumbura en 1989 ; il avait regagné la République du Zaïre, son pays. Il a été engagé à l’hôpital de Lemera dont il deviendra Médecin Directeur plus tard. Au début de la rébellion de 1996 qui chassa Mobutu du pouvoir, le docteur était au service du devoir pour sauver des vies. Pendant qu’il amenait un malade vers la ville de Bukavu pour une meilleure prise en charge, Lemera a été attaqué et l’hôpital n’a pas été épargné par les rebelles. Le personnel et une trentaine de malades ont péri sous les balles des tueurs et des tortionnaires. L’évacuation du malade lui avait sauvé la vie, prémonition d’un avenir qui lui sera lourdement chargé et douloureux, mais qu’il gère avec amour et sacrifice. Bukavu était en orbite comme prochaine cible des rebelles, Nairobi avait servi de point de chute pour le Docteur congolais pendant cette première guerre du Congo. Mais le sauvetage lui était venu d’une association caritative suédoise du nom de PMU – Pingstmissionens Utvecklingssamarbete. Cette dernière a porté sa pierre à l’édifice pour l’érection de l’hôpital de Panzi à Bukavu en 1999. C’est le début des calvaires à répétition et pour lui et pour les victimes, mais il n’y a jamais renoncé en dépit des difficultés de tout genre, le long du parcours et depuis plus de 25 ans.

Emu et en larmes, qui l’eut cru qu’un docteur ne soit pas émotionnellement et émotivement immunisé contre le contraste frappant auquel Mukwege assistait au quotidien ? Les cas de viols avec extrême violence et des mutilations génitales faites aux femmes étaient humainement insoutenables, mais il n’a jamais bronché. Installer la peur parmi la population était un des moyens de persuasion pour amener les gens à accompagner la rébellion. C’est ainsi que le viol collectif avait été utilisé comme arme de guerre. Face à cette terrible réalité, Denis Mukwege a agrandi la capacité hospitalière en aménageant des locaux additionnels au sein de l’hôpital de Panzi pour la prise en charge médicale des femmes victimes des agressions sexuelles inaudibles, mais visuelles. Ces violences atroces et qui s’en allaient crescendo l’ont poussé à porter la voix des patientes auprès des autorités congolaises pour un bilan macabrement horripilant. Porte-parole de la masse féminine sans voix, Dr Denis Mukwege a frappé aux portes des instances internationales pour leur apporter son plaidoyer en faveur de ces femmes victimes des actes sexuels effroyables dans le Grand Kivu.

Avant d’être l’heureux récipiendaire du Prix Nobel, Dr Denis, le Réparateur des Femmes avait échappé à un attentat contre sa personne le 25 octobre 2012. Ce jour-là à Bukavu, ses filles étaient tenues otages en attendant le retour au domicile familial du père-Dr Mukwege. Le gardien de sa demeure, ayant compris la menace et le danger qui pesaient sur le Docteur et sa famille, a voulu affronter les hommes armés qui l’ont abattu froidement. Les assaillants prirent la fuite à bord du véhicule familial, il fut retrouvé abandonné 24 heures plus tard. L’intervention de ses voisins lui a été salutaire pour s’extraire des griffes de ces malfrats. Il avait été obligé de s’exiler pendant quelques mois en Belgique et aux Etats-Unis, abandonnant ses patientes à leur triste sort. Mais les cris de ces femmes n’ont pas tardé à bourdonner dans les tympans du Réparateur ; 3 mois plus tard, il est sorti de son exil et fit un comeback triomphateur à Panzi sous la protection de la garde MONUSCO. Cette garde lui fut retirée en 2020 du à la Covid-19. Elle lui avait été restaurée à l’établissement des preuves qu’un officier rwandais attentait à sa vie.

4 ans avant le Prix Nobel de la Paix, le Docteur avait reçu le Prix Sakharov en 2012. L’année d’après, il fit un plaidoyer auprès des parlementaires européens pour une meilleure régulation de l’importation et consommation européenne des minerais en provenance des zones de conflits de la R.D.C. La Commission Européenne et le Parlement Européen adoptèrent en Mars 2017, une réglementation à cet égard. Dr Mukwege vit dans la propreté de l’hôpital de Panzi sous protection des éléments de la brigade onusieme à cause de plusieurs menaces contre sa vie. Ces dernières ne l’ont pas étreint d’étendre ses efforts pour venir en aide aux communautés avoisinantes. En 2017, Dr Mukwege s’était entretenu avec le conseil d’administration de la Fondation Pierre Fabre. Le plaidoyer y développé, consistait en une réplication du modèle Panzi pour l’hôpital de Bulenga à 165km de Panzi. Le modèle global de prise en charge des victimes à Panzi à imiter, devrait permettre aux habitants de cette zone difficile d’accès et de grande pauvreté d’avoir accès à l’eau potable. L’amélioration des installations à Bulenga, selon Dr Denis Mukwege, renforcerait la capacité de l’hôpital dans l’offre des soins de qualité à sa population à des prix très bas ou gratuitement. Les femmes victimes de violences sexuelles et celles qui souffrent des conséquences d’un défaut de suivi de grossesse tels que le prolapsus et les fistules obstétricales, ne seraient plus livrées à elles-mêmes à Bulenga.

La courte expérience du Docteur Mukwege en politique lors de l’élection présidentielle de décembre 2023 en RDC, lui a laissé un goût d’insatisfait. Pendant un moment le toubib national avait quitté le serment d’Hippocrate pour la tunique politicienne pendant la campagne électorale. Il aspirait à la solennité de celui (serment) qu’il espérait prêter en cas de victoire. L’échec n’a réussi à déplumer ce scientiste de ses acquis scientifiques ainsi reconnus dans la haute sphère internationale. En août 2024 lors d’une interview accordée par le Chef de l’Etat à une station de la place en Europe, Félix Antoine Tshisekedi n’avait pas tari d’éloges en reconnaissant le fair-play du Docteur qu’il cita nommément malgré sa qualité d’opposant à son régime. Il en a tellement appris qu’à l’aune des pourparlers directs entre le gouvernement congolais et le M23, à Luanda sous la médiation du Président angolais Lourenco, il est persuadé que le diagnostic du problème congolais inhérent à la guerre à l’Est, est mal posé. De l’avis du Dr Mukwege, une étude de faisabilité devrait être menée sur l’essence de tels pourparlers afin d’en déterminer les tenants et les aboutissants, prélude aux négociations bilatérales qui aboutiraient à la tenue d’une Conférence internationale pour la paix en RDC. Il renchérit sa réflexion en insistant sur l’implication de plusieurs pays dans la crise belliqueuse en RDC, la complicité des acteurs internationaux aux grosses fortunes y comprise avec en toile de fond, les minerais stratégiques contenus dans le sous-sol congolais. Hormis les pays déjà impliqués dans la guerre au Congo, il y a les organisations internationales et régionales qui jouent leur rôle également. L’Union Africaine, la SADC et l’AEC complètent la liste des étrangers mais acteurs au conflit quand bien même la RDC est signataire de leurs chartes; la liste comprend, à part la RDC et le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et le Kenya. Quant à la MONUSCO qui remplit le rôle d’applicateur d’étanchéité entre les frères ennemis, son impartialité a toujours été remise en cause. L’inertie sur l’application de l’accord-Cadre d’Addis-Abeba est déplorable ; cet accord aurait besoin d’être revisité et revitalisé. Une telle revitalisation impliquerait, selon Dr Mukwege, une adaptation d’un cadre international qui restructurait les débats par rapport aux réalités du terrain. Y aller de façon incontrôlée et hâtivement reviendrait à soigner plus les symptômes que les causes. La nouveauté de la résolution 2773 du Conseil de Sécurité de l’ONU ne serait pas un frein pour veiller à son exécution, dont le cessez-le-feu demeure le socle de la sérénité de tout débat. L’avertissement du Dr Mukwege relatif au dialogue pendant, devrait être pondéré ; la tenue d’un dialogue avec M23 serait une légitimation tacitement officielle de l’agression et de l’occupation illégale de certaines provinces de la RDC. Le fait de mettre en garde les décideurs contre les erreurs du passé, le Toubib de Panzi contemple une certaine compromission qui hypothéquerait le droit du peuple congolais à disposer de lui-même et à vivre en paix, et il s’en inscrit en faux !
Denis Mukwege est le modèle d’un personnage qui ne place pas sa personne au centre de tout ce qui le concerne, il privilégie les intérêts de l’autre comme les siens propres a contrario. Il ne raffole pas des faibles échos écrasés par les discours récupérateurs et horizontaux et par les spectacles traitres qui souillent la vraie mémoire.