mai 30, 2026

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Retour vers le Futur: Les Prestations de la RDC en Phases Finales de la CAN

La CAN 2025 souligne la 20ème participation de la République Démocratique du Congo à la phase finale de cette prestigieuse compétition de l’organe faitière du football sur le continent – la CAF. Qu’il soit utile de ressasser les torrents du parcours footballistique du pays et de repartir ses participations selon les différentes appellations que le pays a connues à travers l’histoire.

La sécheresse d’un troisième titre continental colle à la peau des Léopards telle une sangsue. Jadis, l’’équipe nationale de la RDC installait une peur bleue dans la peau de ses adversaires, la voilà contenir des félins dépourvus des canines tranchantes et perçantes pour certains aujourd’hui. Les autres attribuent cette absence de pugnacité triomphatrice aux différentes politiques et stratégies qui ont failli dans la gestion du football au niveau national. Si remporter la CAN deux fois en 19 participations (en attendant  Maroc 2025) est un bémol outrageant, c’est à la 15ème CAN que les Lions de la Teranga ont mis la main sur leur seul trophée continental de leur histoire en 2022. Point n’est besoin de chatouiller les statistiques en défaveur des fauves de la RDC au regard du bilan des autres nations nanties tels la Zambie, un titre en 18 CAN, la Tunisie, un titre en 21 CAN sans oublier le Maroc, un seul titre en 20 CAN, hormis 2015 quand le royaume chérifien fut disqualifié pour avoir refusé d’organiser la CAN dont elle avait les droits cette année-là à cause de la crise du virus Ebola. C’est la Guinée Equatoriale qui en prit la relève.

Les acrobaties et balbutiements qui talonnent la vie des Léopards n’ont jamais eu raison de leur ténacité à percer vers le summum de la récompense, bravant parfois les conditions déshumanisantes pour l’espèce humaine.  Au vu de la genèse footballistique de l’équipe nationale, le monde reste témoin de l’évolution rébarbative des Léopards dans leur quête de la troisième étoffe continentale qui les élude depuis des décennies.

De 1885 à 1908 : Le pays en tant qu’EIC – Etat Indépendant du Congo

C’est une propriété privée du Roi Léopold II après la conférence de Berlin et sous tutelle de ce dernier. Le pays ne pouvait rien entreprendre sans l’aval de son tuteur. Une inféodation qui couva l’ensemble du pays pour priver sa population de se rendre compte des merveilles et vanités du monde, le football y compris.  Le continent africain étant sous occupation, le football n’était qu’une illusion lointaine impensable.

De 1908 à 1960 : Le pays en tant que Congo Belge

Le Congo Belge – CB  naitra  d’un legs que Léopold II fera au Parlement Belge en 1908. L’année que le pays a été mis sous le joug de la colonisation par l’inventivité d’un prétexte fallacieux de 3 C.  C : colonisation ; C : christianisme et C : civilisation.  Bien que le football se pratiquât officiellement sur le continent, le Congo colonisé, avait cependant commencé à se mouvoir sur les terrains de football de fortune, pour la plupart, et drainé les foules. Le football est l’un des facteurs incubateurs des martyrs de l’indépendance du 04 janvier 1959  qui sonnèrent le glas pour l’indépendance de 1960.

De 1960 à 1964 : La République du Congo

Cette ère est marquée par l’octroi ou le gain de l’indépendance en 1960. Pendant cette période, le Congo ne prit part à aucune des phases finales y relatives. Pourtant la Confédération Africaine de Football avait déjà vu le jour en 1957 et trois phases finales de la CAN avaient déjà été organisées en 1957, en 1959 et en 1963. La frivolité des institutions et la fragilité d’une démocratie nouvellement acquise et dont le pays ressentait les douleurs d’implémentation, ne favorisèrent guère l’aspect sportif sous toutes ses formes.

De 1964 à 1971 : La Première République – la République Démocratique du Congo

L’heure de la revanche va sonner avec la naissance de la nouvelle république.  A sa première participation à  la CAN en 1965 en Tunisie, la RDC fut éliminée au premier tour. L’expérience à ce niveau de la compétition était une gangrène dans les appétits sportifs dévorateurs locaux. Les  congolais découvraient les rudes réalités de la compétition.  En 1968, soit  trois ans plus tard, la RDC oubliait ses débuts trébuchants  de novice pour remporter le trophée tant convoité de la CAN en battant le Ghana par un bolide du Feu Kalala Mukendi en finale.  Seulement à sa deuxième tentative, le pays avait défait tous les pronostics.

Mais les démons de 1965 hanteront une fois de plus l’équipe nationale congolaise ; elle fut éliminée au premier tour à la phase finale de la CAN organisée au Soudan en 1970. La première république a envoyé l’équipe nationale à la phase finale de la CAN à trois reprises : 1965, 1968 (champion d’Afrique) et 1970.

De 1971 à 1997 : La République du Zaïre

Les cartes politiques rebattues, l’équipe nationale zaïroise est directement qualifiée pour la CAN de 1972 au Cameroun remportée par les Diables Rouges du Congo-Brazzaville  face au Mali du Feu Salif Keita et de Fantamady Keita (meilleur buteur du tournoi) qui avait battu le Zaïre en demi-finale 4-3. Les Léopards du Zaïre ont fini le tournoi 4ème, ratant de peu la dernière place du podium. Un certain Blagoje Vidinic qui avait qualifié le Maroc à la Coupe du Monde FIFA de 1970 au Mexique, ne pouvait échapper à la valse des convoitises que lui témoignait le monde africain du football, dont Mobutu. Le Maréchal zaïrois, obnubilé par une folle obsession de grandeur pour asseoir son pouvoir, convainquit le coach yougoslave à devenir l’entraineur des Léopards. Pari réussi car deux ans plus tard, c’était la deuxième glorieuse.

Au pays des pharaons en Egypte, les Léopards du Zaïre surclassaient la Zambie de  Chitalu par 2-0 pour remporter le graal et se hisser au panthéon de la gloire. Les Leopards avaient battu le pays hôte, l’Egypte en demi-finale avec un certain Hassan Shehata, meilleur joueur de cette CAN en Egypte.  Une fois devenu entraineur des Pharaons d’Egypte, cet ancien joueur de Zamalek du Caire a offert à son pays trois titres continentaux  2006, 2008 et 2010 avant que le printemps arabe ne cassât le «momentum« des héros.

L’édition de 1974 est riche en évènements ; c’est l’unique finale d’une CAN qui se soit jouée en deux matchs après le nul (2-2) lors du premier. La CAF n’ayant pas prévu la séance des tirs au but pour cette finale, un autre match de la finale avait eu lieu deux jours plus tard. Ce fut un récital signé Ndaye Mulamba Mutumbula qui marqua deux buts et  permit au Zaïre de battre la Zambie 2-0 pour remporter la CAN égyptienne. Ndaye quitta la terre le 26 janvier 2019 dans une clinique privée de Johannesburg en Afrique du Sud.

Aussi, le pays des Chipolopolo – la Zambie, avait fait sauter le verrou de doutes car la CAN 1974 était la toute première dans l’histoire de la Zambie. Une première participation qui s’était soldée par une place en finale d’une aussi grandiose compétition continentale que la Coupe d’Afrique des Nations.

Automatiquement, Moseka – le nom congolais donné au titre continental par le Zaïre qualifiait   le pays à la Coupe du Monde FIFA de 1974 en Allemagne de l’Ouest. Ainsi, le Zaïre devenait le seul ticket de l’Afrique et  la première nation à représenter l’Afrique noire – sub-saharienne à une Coupe du Monde FIFA. L’Egypte et le Maroc ayant déjà goûté aux savoureux délices en représentant le continent en 1934 et 1970 respectivement.

Godfrey Chitalu est considéré par les autorités sportives zambiennes d’être le meilleur buteur de tout le temps sur une année. La polémique Chitalu survint en 2012 quand l’argentin Lionel Messi, alors sociétaire de Barcelone, avait marqué 88 buts en une année. Les européens (comme toujours) avaient pensé que Messi avait mieux fait que l’allemand Gerd Mueller avec ses 85 buts sur une année sportive. Ils ignoraient l’existence de Godfrey Chitalu pour ajuster leurs compteurs avec ses 104 goals. Pas de leur faute en tout cas comme les faits en Afrique ne sont assez documentés dans les archives. Mais ces circonstances atténuantes ne les dédouanent pas d’avoir manqué à leur devoir d’entreprendre les enquêtes pour confirmer ou infirmer les faits supposément avérés.

Au Maroc en 1976,  le  Zaïre ne gagna aucun match ; classé dernier du groupe  B derrière le Maroc (futur vainqueur), le Nigeria et le Soudan, les Léopards ne récoltèrent qu’un point maigrichon – non à la hauteur de leur pedigree pour boucler leur aventure. La hantise des effets inexplicables et inexpliqués de la Coupe du Monde Ouest Allemande, doublée du tohu-bohu au sein du staff technique, avec le départ de Vidinc, était tellement ensorcelante qu’aucune raison ne fut étayée pour justifier la déroute, deux ans après le sacre continental. La CAN 1976 est une édition dont le vainqueur a été désigné à la suite d’un mini-championnat.

De 1976 à 1988, soit 5 éditions de la CAN (1978, 1980, 1982, 1984 et 1986), le Zaïre ne réussira pas à se qualifier à une phase finale de la CAN. Douze ans de jachère furent une pilule amère à avaler pour les fanatiques congolais, friands du ballon rond. Les zaïrois étaient unanimes que c’était la réponse du berger à la bergère. Le pay-back time voulu par les aïeux était enfin chose due. Les Léopards auraient été récipiendaires du mauvais sort en réponse à la contribution forcée et obligatoire voulue par les autorités pour le soutien aux Léopards en partance pour la Coupe du Monde de 1974. Les jeunes et vieux du Zaïre ont été rançonnés à l’effort; un certain montant a été prélevé sur les comptes de tous les salariés zaïrois pour ce faire, les élèves et étudiants n’ont pas été épargnés. Ils avaient eu à payer un montant forfaitaire à partir de  1 Likuta, unité monétaire de l’époque.

La bouée de sauvetage viendra par la désignation d’Otto Fischer comme entraineur des Léopards du Zaïre. Cet ouest-allemand a été dépêché à Kinshasa dans le cadre de la coopération bilatérale entre Kinshasa et Bonn.  Etait-ce la résurrection ?

C’est la génération de Kabongo Eugene, Santos Djalma Mutubile, Lutonadio « Morceau », Merikani Mpangi, Kalau, Kanu, Emedo Nkongolo…, qui avait représenté le Zaïre à la CAN de 1988, la première après 12 ans de disette, au Maroc.  Absents de la CAN depuis Maroc 1976, c’est au Maroc que les Léopards retrouvaient la compétition. Le tirage au sort avait rendu son verdict que les félins zaïrois se seraient dans le Groupe A avec le pays hôte, le Maroc avec un certain Maestro Aziz Bouderballa et un Mustapha Biaz en tour de Babel derrière, l’Algérie et la Côte d’Ivoire d’Abdoulaye Traoré, Serge Alain Maguy, Youssouf Fofana, Didier Otokoré et d’Alain Gouaméné.  L’arbitre béninois Hugues Joseph Mongbo s’était érigé en bourreau des zaïrois. A deux reprises, le Zaïre s’est vu refuser 2 buts, permettant ainsi à l’Algérie de Nasser Drid (excellent gardien) et de Djamel Menad de s’imposer 1-0 au finish. Les atouts et la détermination de cette équipe se sont avérés insuffisants pour atteindre les quarts et justifier son grand retour parmi  la crème de la crème.

Absente à la CAN 1990 que l’Algérie de Madjer, pays hôte, avait remportée, le Zaïre  était au Sénégal pour la phase finale de la CAN 1992.  En cette phase finale, la CAF est passée de 8  à 12 qualifiés pour la phase finale.  Les ténors de 1988 ayant déjà tiré leur révérence internationale pour la plupart, c’était une nouvelle équipe commandée par Kalala Mukendi, champion en 1968, comme entraineur. Les fauves zaïrois furent éliminés en quart de finale par le Nigeria de Yekini Rashidi.

Lors de la CAN 1994 organisée par la Tunisie pour la deuxième fois après 1965, même refrain que l’édition précédente. C’est encore le Nigeria de Yekini Rashidi qui évapora les vœux des zaïrois pour une première demi-finale depuis 1974. Ce match de quart de finale mettait fin aux aspirations de Bulayima Mukwayanzo, alors sociétaire de Feynoord Rotterdam B, Dinga Mbote, Lokose Epanga de rester dans la compétition pour faire durer les échéances. Ils plièrent leurs bagages pour un retour au bercail matinier.

L’Afrique du Sud avait obtenu le quitus pour l’organisation de la CAN 1996. Le nombre des équipes qualifiées avait été revu à la hausse, passant de 12 à 16.

Deux ans plus tôt, la nation arc-en-ciel avait organisé ses premières élections multiraciales pour se débarrasser  du régime ségrégationniste d’apartheid. Les choses bougeaient au rythme d’un missile Exocet que les dirigeants de la CAF ne pouvaient, pour rien au monde, rater l’opportunité de se frotter à Nelson Mandela, nouveau président de la république multiraciale et multicolore. A cette Edition sud-africaine de la CAN, le Zaïre de Kasongo Korando, Roger Hitoto etc… se révélait au monde avec le phénomène Emeka Mamale alias « Zorino ».  Il est entré en jeu en deuxième période contre le Liberia de George Weah et de James Debbah au mythique FNB Stadium dans le voisinage de SOWETO (South West Town – la Ville du sud-ouest).  Il va éblouir le public par sa technique légendairement dévastatrice. Entrainé par Mushin Ertugal de nationalité turque, le Zaïre avait tout fait pour atteindre le quart de finale pour la troisième fois consécutive. Si les deux premières fois, les Léopards sont tombés victimes du Nigeria, les Black Stars du Ghana éliminaient à leur tour le Zaïre avec un Antony Yeboah tout feu tout flamme.

De 1997 jusqu’à nos jours: Troisième République – la République Démocratique du Congo

Le changement de régime intervenu au niveau du pouvoir avec l’avènement du nouveau Président de la République Laurent Désiré Kabila, avait plongé le pays dans l’incertitude abyssale. Le Zaïre devenait ainsi la République Démocratique du Congo ; l’équipe nationale les Léopards devenaient les Simbas « Lions » en Swahili.

Au Burkina Faso pour la CAN 1998, c’est sous l’appellation Simbas que les congolais y ont pris part. Après s’être extirpé des griffes du premier tour lors des matchs de groupe, les nouveaux Simbas: Mungongo Fish, Kasongo Banza Korando, Emeka Mamale, Kisombe, Tondelua, Hitoto, Kimoto Papy, Bembuana, Makenga, Banzamba,  étaient coachés par Feu Louis Watunda. L’escouade congolaise éliminait le Cameroun de Rigobert Song, Feu Jean Marc Foe, Patrick Boma, Tchoutang… en huitième de finale. En quart de finale, ils signaient leur revanche sur les Black Stars du Ghana avec un but en solitaire de Kisombe alias « Kunde »,  ancien de Sodigraf.

La REMONTADA au Stade du 04 Août d’Ouagadougou pour la petite finale

En demi-finale contre les Bafana Bafana d’Afrique du Sud, Benni McCarthy n’a pas eu pitié de Marcel Mayala. 2-1 était le score final en faveur des sud-africains après prolongation.  En match pour la 3ème place ou la finale des perdants, c’est la REMONTADA. Menés 4-1 avec 3 minutes pour la fin du temps règlementaire,  Jean Kasongo Banza « Korando » réduisit l’écart 4 -2. Une minute plus tard, le meilleur buteur congolais Jerry Tondelua inscrivait le 3ème but des Simbas. Malgré le temps additionnel, les Etalons Burkinabés invoquaient vainement leurs dieux, ils venaient de perdre un joueur sur blessure et ne pouvaient plus procéder à un quelconque remplacement, ayant épuisé le quota autorisé de 3 remplaçants. A 10 contre 11, leur entraineur Philippe Troussier ne sut à quel saint se vouer. C’était le moment choisi par Lokenge Mongongo alias « Fish » pour marquer le but égalisateur 4-4. A l’issue de la séance des tirs au but, les Simbas s’imposaient 4-1 pour remporter le bronze. 

Cette petite finale est sans doute  l’un des matchs les plus mémorables de l’histoire de la Coupe d’Afrique des Nations. Menés 4-1à trois minutes de la fin du temps réglementaire   les congolais ont  marqué 3 buts pour forcer les tirs au but qu’ils avaient remporté, remontés par cet exploit fantasmagorique qui suivit l’égalisation. Une vraie désillusion pour les Burkinabés et Troussier  au stade du 04 Août.

C’est la première fois que la RDC atteignait les demi-finales depuis 1974, soit 24 après. Le « backbone «  ou encore le noyau dur de cette équipe était majoritairement constitué des joueurs de Sodigraf :  Jerry Tondelua, Kisombe Mundaba, Mungongo Fish, Papy Kimoto, Makenga, Mbayo Kibemba, Babale, Selenge etc.. Quelques mois plus tôt, SODIGRAF avait perdu la finale de la Coupe d’Afrique des Vainqueurs de Coupe en 1997 contre les égyptiens d’Arab Contractors, ancien employeur du célèbre gardien camerounais Joseph Antoine Bell. Ces joueurs ont réalisé des merveilles aux côtés d’Emeka Mamale, Korando Kasongo et d’autres.

Malheureusement Emeka Mamale est mort le 25 juin 2020 sans avoir montré au monde footballistique toute la splendeur de son talent surdimensionné. Quatre ans plus tard, Kasongo Korando rendait l’âme le 07 juin 2024. Nombreux fanatiques se rappelleront toujours de ses démarrages en trombe tel un léopard à la poursuite de sa proie, alliant vitesse et puissance. Les congolais ne témoigneront plus jamais de leurs talents mais leurs prouesses resteront à jamais des performances-références pour les générations futures.

Adieu les Champions !