{"id":864,"date":"2019-04-22T21:36:21","date_gmt":"2019-04-22T21:36:21","guid":{"rendered":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/?p=864"},"modified":"2019-05-12T21:46:50","modified_gmt":"2019-05-12T21:46:50","slug":"lutumba-simaro-six-anecdotes-pour-cerner-le-genie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/lutumba-simaro-six-anecdotes-pour-cerner-le-genie\/","title":{"rendered":"Lutumba Simaro : Six anecdotes pour cerner le g\u00e9nie"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-865 size-full\" src=\"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Lutumba-Simaro.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Lutumba-Simaro.jpg 640w, https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Lutumba-Simaro-300x150.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p>Difficile de faire original et de dire quelque chose que tout le monde ne sache d\u00e9j\u00e0 sur Lutumba Ndomanueno Simaro. Ses \u0153uvres repr\u00e9sentent des tomes de sagesse et de philosophie. H\u00e9riti\u00e8re lointaine de ce guide, la post\u00e9rit\u00e9 devrait se saisir de la profondeur de ses textes que sa sensibilit\u00e9 a pu en faire, en plus, de tr\u00e8s belles \u0153uvres \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 danser.<br \/>\nSimaro testait ses chansons, en primeur, aupr\u00e8s d\u2019un de ses voisins<!--more--><\/p>\n<p>Probablement le meilleur auteur de la musique congolaise par cette sensibilit\u00e9, par cette profondeur et par l\u2019\u00e9criture de ses chansons, Lutumba avait pourtant conserv\u00e9 une forme d\u2019humilit\u00e9 et de recul rares dans la musique congolaise. Quand il finissait d\u2019\u00e9crire une chanson, avant de l\u2019amener aux r\u00e9p\u00e9titions, il en soumettait le texte \u00e0 la critique d\u2019un de ses voisins qui devait s\u2019appeler Amisi, si mes souvenirs sont bons. Ce dernier n\u2019\u00e9tait qu\u2019un simple m\u00e9lomane mais l\u2019artiste appr\u00e9ciait sa sagesse, sa philosophie de vie et donc modifiait ses textes sur ses conseils. Cette confidence avait \u00e9t\u00e9 faite par le musicien lors d\u2019une conf\u00e9rence organis\u00e9e par des jeunes de Barumbu.<\/p>\n<p>Lutumba \u00e0 l\u2019examen de philosophie du Baccalaur\u00e9at \u00e0 Brazzaville<\/p>\n<p>Venance Monia, un haut cadre du Congo Brazzaville, m\u2019avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que pour l\u2019obtention de son Baccalaur\u00e9at obtenu dans les ann\u00e9es 70, les \u00e9l\u00e8ves de sa promotion devaient disserter sur un extrait d\u2019une chanson de Lutumba dans le cadre de l\u2019examen de philosophie. Un cas peut-\u00eatre unique en Afrique.<\/p>\n<p>Cette chanson que Lutumba \u00ab ne voulait plus jouer en concert \u00bb<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident d\u2019une association des jeunes de la commune de Barumbu, \u00e0 Kinshasa, j\u2019avais anim\u00e9 un disco forum avec comme intervenant Lutumba qui dut r\u00e9pondre \u00e0 diverses questions sur ses chansons et sur l\u2019actualit\u00e9 musicale.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9cod\u00e9 la chanson Faute ya commer\u00e7ant, une question lui fut pos\u00e9e sur l\u2019expression \u00ab Nabotama na suki elingaka ngai te, mino nazui na mokii ya Nzambe ata ko eboyi ngai, nasala nini ?\u00bb reprise dans la chanson \u00ab Tala Merci bapesi na mbwa \u00bb, raduisez : \u00ab Je suis n\u00e9e avec des cheveux qui ne me sont rest\u00e9s pas fid\u00e8les, comment voulez-vous que je me plaigne de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 des dents que j\u2019ai eues en grandissant \u00bb. Simaro illustrait ainsi le fatalisme de cette femme r\u00e9pudi\u00e9e qui se demandait comment en vouloir \u00e0 son ex qu\u2019elle a connu \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte alors que ses propres fr\u00e8res et soeurs l\u2019ont rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>Et d\u2019ajouter : \u00ab Cette chanson \u00e0 chaque fois qu\u2019on la joue en concert, il y a des femmes qui pleurent sur la piste de danse, sans doute elles repensent \u00e0 ce qu\u2019elles ont v\u00e9cu et cela me fend le coeur. Je ne supporte plus qu\u2019on joue cette chanson\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Une conf\u00e9rence que Lutumba transforme en hom\u00e9lie \u00e0 Notre Dame de Lingwala<\/p>\n<p>A l\u2019occasion de leur 10\u00e8me anniversaire, les Bilenge ya Mwinda de la cath\u00e9drale Notre Dame de Lingwala avaient programm\u00e9 une conf\u00e9rence autour de trois chansons : Muvaro de Lengi Lenga, Article 15 de P\u00e9p\u00e9 Kall\u00e9 et Affaire Kitikwala de Lutumba Simaro. Le journaliste Nzita Mabiala qui devait mod\u00e9rer cette conf\u00e9rence me proposa de le remplacer \u00e0 pied lev\u00e9, \u00e0 deux heures de la rencontre. A l\u2019heure pr\u00e9vue, je d\u00e9barque dans une \u00e9glise pleine comme un \u0153uf, m\u00eame les all\u00e9es sont occup\u00e9es\u2026 Programm\u00e9 comme dernier intervenant, Lutumba, qui devait se rendre \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition, s\u2019excusa aupr\u00e8s de ses jeunes coll\u00e8gues Lengi Lenga, Ilo Pablo, Papy Tex\u2026 afin d\u2019intervenir le premier.<\/p>\n<p>Pendant pr\u00e8s de 30 minutes, le talentueux auteur-compositeur expliqua avec force illustrations le message de la chanson Affaire Kitikwala. On aurait entendu une mouche voler : le public buvait religieusement ses paroles. Et quand la parole fut donn\u00e9e \u00e0 la salle, un p\u00e8re de famille qui a tout suivi debout au fond de la cath\u00e9drale s\u2019avan\u00e7a : \u00ab A notre \u00e9poque, on consid\u00e9rait les musiciens comme des voyous, des rat\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9, mais ce que je viens d\u2019entendre d\u00e9passe m\u00eame les hom\u00e9lies qu\u2019on \u00e9coute tous les dimanches. \u00bb<\/p>\n<p>Lutumba, \u00ab un millionnaire forc\u00e9ment \u00bb<\/p>\n<p>Quand Simaro Lutumba signe les chansons Maya et Affaire Kitikwala, c\u2019est un carton ! Un double succ\u00e8s port\u00e9 par la remarquable interpr\u00e9tation de Lassa Ndombasi Carlyto, un chanteur jusque-l\u00e0 inconnu. La premi\u00e8re chanson est une complainte bouleversante d\u2019un homme qui s\u2019accroche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 un amour d\u00e9sormais \u00e0 sens unique et la deuxi\u00e8me est un oc\u00e9an de sagesse qui appelle les jeunes \u00e0 la responsabilit\u00e9 et \u00e0 garder les pieds sur terre en cas de r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>Alors que les deux titres sont au top de leur popularit\u00e9, un groupe d\u2019hommes d\u2019affaires ouest-africains, en s\u00e9jour \u00e0 Kinshasa, avaient demand\u00e9 qu\u2019on leur traduise le contenu de ces chansons qu\u2019ils entendaient partout\u2026 Quand on leur fit la traduction, leur r\u00e9action fut significative : \u00ab L\u2019auteur de ces chansons est, bien entendu, millionnaire ! \u00bb. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait malheureusement tr\u00e8s peu reluisante.<\/p>\n<p>Luambo reconnaissant mais une reconnaissance toute relative et minimaliste<\/p>\n<p>En 1988, Luambo Makiadi est r\u00e9guli\u00e8rement accus\u00e9 par la presse de payer tr\u00e8s mal ses musiciens et surtout irr\u00e9guli\u00e8rement. Vex\u00e9 et agac\u00e9, le patron du Tout Puissant OK Jazz d\u00e9cide de ne plus parler \u00e0 la presse. Mais un matin, alors que je sortais des locaux de la direction de l\u2019\u00e9cole priv\u00e9e Massamba, voisine de sa villa, je d\u00e9cidai malgr\u00e9 tout de solliciter une interview du Grand Ma\u00eetre. Son secr\u00e9taire qui me re\u00e7oit dans un petit bureau, dans une annexe, s\u2019\u00e9tonne de ma d\u00e9marche : \u00ab Tu sais bien que Grand Ma\u00eetre a d\u00e9cid\u00e9 de ne plus parler \u00e0 la presse ? Bon, attends ici, je vais lui parler de ta demande \u00bb.<\/p>\n<p>En l\u2019absence du secr\u00e9taire, une feuille qui tra\u00eene au centre de la petite table s\u2019offrait \u00e0 ma curiosit\u00e9 journalistique. Il y est \u00e9crit \u00ab avances sur salaires \u00bb et y sont couch\u00e9s les noms de tous les salari\u00e9s du groupe en commen\u00e7ant par Lutumba jusqu\u2019aux danseuses en passant par Josky, Madilu, Malage, le personnel administratif et les techniciens. La feuille indiscr\u00e8te laissait comprendre qu\u2019il y avait bien 3 mois d\u2019arri\u00e9r\u00e9s de salaires et l\u2019avance infime \u00e9tait la m\u00eame pour tout le monde sauf pour Simaro qui devait en toucher le triple. Quand le secr\u00e9taire revient, il me transmit une r\u00e9ponse positive mais avec des r\u00e9serves : \u00ab Le patron demande que tu reviennes un autre jour d\u00e9poser des questions \u00e9crites et il verra s\u2019il pourra r\u00e9pondre par \u00e9crit \u00e9galement \u00bb. Je r\u00e9pondis que je pouvais r\u00e9diger mes questions sur place en 5 minutes, ce que je fis. Apr\u00e8s avoir lu les questions, Franco demanda que je monte le voir dans son luxueux salon \u00e0 l\u2019\u00e9tage. Apr\u00e8s m\u2019avoir invit\u00e9 \u00e0 m\u2019asseoir, il \u00e9clate de rire et s\u2019adresse \u00e0 son secr\u00e9taire : \u00ab Vraiment nayebi te soki ba journalistes bautaka na ba informations ya boye wapi ? Petit azoloba que ngai \u00e7a fait 3 mois nazofuta ba musiciens te et que, mois oyo, nde nazofuta bango avance ya novembre, atie mpe ba montants ! \u00bb Traduisez : \u00ab O\u00f9 ces journalistes vont-ils chercher de tels bobards ? Le petit jeune dit que cela fait 3 mois que je ne paye pas les musiciens et que c\u2019est ce mois que je vais leur verser des acomptes et il pr\u00e9cise m\u00eame des sommes ! \u00bb<\/p>\n<p>Un confr\u00e8re me racontera plus tard cette anecdote : avec la sortie de l\u2019album contenant Diarrh\u00e9e verbale et Mwana Ndeke notamment, Lutumba avait pu gagner enfin l\u2019argent n\u00e9cessaire pour construire une maison. Un jour, en visitant le chantier, il exprima son d\u00e9pit et ses remords : \u00ab Il a fallu Franco akufa mpo ngai Lutumba natonga ndako \u00bb, traduisez : \u00ab Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la mort de Franco que j\u2019ai pu enfin gagner assez pour me construire une maison \u00bb\u2026<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Difficile de faire original et de dire quelque chose que tout le monde ne sache&#8230;<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on get_the_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on get_the_excerpt --><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":865,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[8],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/864"}],"collection":[{"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=864"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/864\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/865"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=864"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=864"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amagep.co.za\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=864"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}